Mon enfant refuse de partager : comment lui apprendre à le faire ?
Par Camille Yoka — Animatrice Petite Enfance chez Païdou
À chaque sortie au parc ou en famille, c’est la même chose : votre enfant ne peut s’empêcher de s’accaparer tous les jouets. Que ce soit les siens ou non, qu’il soit le premier à jouer avec ou pas, il finit souvent par tout prendre. Et lorsque vous lui demandez de partager, c’est un refus catégorique. Pire, si vous tentez de récupérer un jouet, la frustration ou la colère explosent. On assiste alors au dialogue universel : « C’est à moi ça ! » « Je t’ai déjà dit qu’il faut partager. On partage avec ses copains ! »
À quelques mots près, on a tous déjà prononcé cette phrase. Pourtant, derrière cette règle essentielle de la vie en société se cachent des étapes de développement complexes. Pour votre enfant, acquérir la notion de partage est un long chemin qui demande plusieurs années.
Avant le jeu, il y a « je »
Ces situations deviennent un sujet de préoccupation autour des 2 ans de l’enfant et, avant cet âge, on ne s’attarde pas plus que ça car on pense que l’enfant est trop petit pour comprendre. Pourtant, tout commence dès lors qu’on s’adresse aux enfants.
On utilise souvent le « on » pour exprimer une action qu’on va faire : « on change la couche », « on va faire la sieste ». Comme l’enfant apprend à être un individu à part entière des adultes qui l’entourent, il est important d’employer « je » et « tu » quand on lui parle afin qu’il se rende compte que vous êtes en duo et non une seule et même personne.
Je tiens à souligner que le partage est une notion abstraite qui exige qu’on prenne en considération les sentiments d’autrui. Or avant 4 ans, pour ne pas dire plus tard, c’est quasi-impossible pour un enfant. Lui qui apprend lentement à découvrir ses propres émotions, comment pourrait-il comprendre celles des autres ? En revanche, même s’il n’est pas en capacité de saisir entièrement ce concept, il est important de lui expliquer simplement les choses dès le début.
À cet âge, les enfants sont égocentrés : tout leur appartient, les objets qu’ils possèdent sont un prolongement de leur corps, d’où leur réaction lorsqu’on leur retire. Il est important pour un enfant de pouvoir avoir un jouet rien qu’à lui, il est le seul et unique propriétaire et il a le droit de refuser de le partager. Je pense avant tout à un doudou mais cela peut aussi être une petite voiture ou un animal. L’important est que l’enfant soit le seul à pouvoir décider s’il le prête ou non, cela aura énormément d’importance vers les 2 ans de l’enfant lorsqu’il cherche avant tout à devenir autonome. Il aura alors une sensation de contrôle et sera plus enclin à partager le reste de ses jouets.
Et les autres alors ?
Face au partage, on rencontre majoritairement 2 cas de figure.
Cas 1 : l’enfant qui pique souvent les jouets des autres
Quand un enfant prend régulièrement les jouets des autres sans vouloir les rendre, il est important d’observer la scène dans sa globalité. Dans 95 % des cas, il essaie simplement de ressentir ce que son copain ressent.
Imaginez cette scène : Arthur a une balle bleue qui rebondit quand il la lance et c’est à se tordre de rire pour Arthur. Raphaël, qui l’observe depuis quelques minutes, court attraper la balle en plein vol et ne veut plus la rendre. Vous avez beau proposer une autre balle bleue du même modèle, il n’en veut pas ! On aura tendance à dire « tu lui rends sa balle, c’est lui qui jouait avec ». En réalité, Raphaël, il se fiche de la balle, il veut rigoler comme Arthur parce qu’il aimerait bien rire comme ça lui aussi !
Dans ce même cas de figure, on peut y mettre l’enfant qui prend les jouets des autres dès que vous sortez au parc. Vous commencez à redouter ces sorties en imaginant déjà la scène : votre enfant arrive et se rue sur les camions, les ballons ou le vélo des autres enfants.
Lorsque cela arrive régulièrement, vous pouvez instaurer un rappel des règles juste avant de mettre les pieds au parc. Pas trop longtemps avant la sortie car, au vu de son jeune âge, il ne sera pas en mesure de retenir trop longtemps les consignes. Pour les mêmes raisons, les consignes doivent être simples, claires et concises : « il est interdit de prendre les jouets des autres enfants ». Une solution complémentaire serait de ramener un petit lot de jouets qu’il pourra utiliser au parc. Deux ou trois jouets maximum, l’idée n’est pas de vous charger mais d’avoir une alternative prête à l’emploi.
Cas 2 : l’enfant qui a plein de jouets de la même catégorie et refuse d’en donner un peu lorsqu’un autre enfant arrive
Cette situation est plus complexe que la précédente car l’enfant possède déjà les jouets, c’est seulement quand un autre enfant veut jouer avec lui qu’il refuse de lâcher ce qu’il a dans les mains.
Par exemple, Margot joue dans la piscine avec deux verres d’eau, elle s’amuse à verser l’eau d’un récipient à l’autre. Chloé arrive et veut faire comme Margot, cette dernière refuse de lui donner un verre et on entend alors l’adulte dire « tu peux lui en donner un quand même ! Tu en as deux, toi ! ». Mais Margot était en pleine séance de physique, elle travaillait sur la gravité et la contenance quand d’un coup elle se voit obligée de céder un de ses verres. Comment fera-t-elle pour réceptionner l’eau maintenant ?
Il ne faut pas forcer un enfant à partager, nous, adultes, devons trouver les mots et des solutions pour faire patienter le deuxième enfant. Dans une autre situation où l’enfant possède plusieurs jouets comme des voitures, on peut tenter de négocier en lui demandant de choisir sa voiture préférée dans le lot et de prêter celle à laquelle il tient un peu moins.
Alors, comment l’accompagner ?
Au risque de vous décevoir, il n’y a pas de remède miracle qui poussera votre enfant à accepter de partager ses jouets du jour au lendemain. C’est la répétition de ces scènes (souvent frustrantes pour tous les participants) qui aidera son cerveau à gagner en maturité.
À cet âge-là, les enfants jouent souvent à « faire comme » pour « faire ensemble » : ils sont 2 loups, 2 pirates et courent après les autres. C’est seulement vers la première ou deuxième année de maternelle qu’ils commenceront à jouer de façon complémentaire : l’un sera chasseur et l’autre chassé. C’est à ce moment aussi que le partage devient plus naturel.
En réalité, tout est une question de patience et de compromis. S’ils sont en âge de parler, on peut totalement leur demander d’être décisionnaire. En plus de se sentir valorisé, il acceptera plus facilement de céder l’un des jouets s’il pense être l’auteur de la décision.
La parole et les actes des adultes doivent aussi se suivre. En effet, comme lorsqu’on leur demande d’arrêter de crier en haussant le ton, le fait de leur dire « c’est interdit de piquer le jouet du copain » en lui arrachant des mains est contradictoire. Avant 5 ans, les enfants ne comprennent pas totalement la négation alors si on l’associe à un geste qui signifie le contraire il aura du mal à enregistrer la consigne. Il est donc plus judicieux de lui demander de rendre l’objet directement à l’autre enfant en utilisant un vocabulaire encourageant : « tu peux lui rendre s’il te plaît ? Je peux t’aider à trouver un autre jouet pareil une fois que tu lui auras rendu sa voiture ».
Au final, le partage c’est comme la politesse, l’enfant va acquérir cette notion à force de répétition et d’imitation de son entourage. Et pour l’accompagner encore plus, plein de petits livres peuvent aborder le sujet avec lui comme par exemple « P’tit loup ne veut pas partager » ou « c’est à moi ça ».
Photo de Alexander Dummer sur Unsplash